mercredi 5 décembre 2012

Savons Douceurs de Barbarie

Fleurs de Barbarie

Dans les Pouilles, tout au Sud de l'Italie, comme sur tout le pourtour méditerranéen, les chemins de campagne regorgent de figuiers de Barbarie. Ici, on les appelle Fichi d'India - figuiers d'Inde - sans doute en référence au nom botanique l'Opuntia ficus-indica. Mais ils sont aussi connus sous le nom de figuier du Diable, allez savoir pourquoi.

Un muret de pierres et une bonne dose de soleil suffisent à leur bonheur. Et dès l'été les pales opulentes se couvrent de gros fruits qui virent du vert au rouge. Ici on mange les fruits, on en fait aussi des confitures et en Sicile également une liqueur.

Focus sur le figuier de barbarie ou Opuntia Ficus indica

Pour en savoir plus sur le figuier de Barbarie, ici 

On dit que le figuier de Barbarie aurait été rapporté des Amériques par Christophe Colomb. Mais en Sicile, on affirme que ce cactus y existait déjà en 827, débarqué avec les Sarasins. Qui croire, hein ?  

Sur le plan cosmétique, nous connaissons depuis quelques années les bienfaits de l'huile de figuier de Barbarie, extraite des graines du fruit, dont les vertus cosmétiques  - anti-oxydante, anti-rides, lissante et donc anti-âge - mises en avant n'ont d'égal que le prix inversement proportionnel à la taille des pépins dont on extrait le précieux liquide. Cette huile est très riche en acide linoléique (oméga 6) et en vitamine E, d'où sa réputation non usurpée. 

Un macérat réalisé soit directement avec le fruit soit à partir des fleurs - en principe sur huile de tournesol oléique - est également commercialisé. Les deux versions se trouvent dans le commerce mais il est facile de réaliser ses propres macérats si l'on réside dans une région ou l'opuntia pousse comme le chiendent. Je fait de temps en temps un macérat de fleurs sur base de tournesol oléique, que j'ai toujours trouvé d'une grande douceur - mais difficile d'affirmer que ce sont les fleurs et non l'huile qui font la job. 

On connaît moins en revanche le gel extrait  des grosses pâles charnues du figuier, appelées cladodes. Ses propriétés thérapeutiques seraient pourtant comparables au gel d'aloé vera. La pulpe est un concentré riche en mucillages, vitamines et oligo-éléments qui lui confèrent des propriétés régénérantes, cicatrisantes, toniques, anti-oxydantes et désinfectantes. D'ailleurs, la pulpe était - et est encore - utilisée dans les campagnes siciliennes sur les blessures pour désinfecter et favoriser la cicatrisation.

Sur certains forums italiens, j'ai lu que les tambouilleuses transalpines utilisaient la pulpe fraîche dans leurs crèmes visage. Bien que très tentée moi-même, j'ai hésité à introduire un produit frais alimentaire dans un soin. Peut-être faudrait-il l'introduire en phase trois dans de toutes petites quantités de crème à utiliser dans les 15 jours. A suivre...

Je me suis donc limitée à ce stade à la réalisation de savons. J'avais beaucoup aimé testé le gel d'algues dans un savon et du coup j'ai eu envie de récidiver, même si les deux gels sont très différents l'un de l'autre.

un vert magnifique
C'est donc avec la pulpe des raquettes que j'ai réalisé mes savons. 

1ere étape : aller enfiler une bonne paire de gants très protecteurs et aller cueillir quelques pales de figuier de Barbarie, jeunes et charnues. 
2ème étape : toujours avec les gants, épluchez-les et coupez-les en petits morceaux. Passer à la centrifugeuse. On obtient une gelée fluide et visqueuse d'un très beau vert prairie. Appliqué sur la peau c'est gluant mais ça ne laisse pas de film collant comme avec l'aloé.

A conserver au frigo si on ne l'utilise pas immédiatement. Cela étant, s'agissant d'un produit organique frais et donc sans ajout de conservateur, je recommande vivement de l'utiliser sous 24 h00.

Passons maintenant aux savons. 

Oui, je dis savons avec un S, car j'en ai réalisé deux avec comme phase aqueuse exclusivement du gel de cladodes de figuier de Barbarie. Le premier est un savon dédié aux peaux très sensibles, comme la peau du visage ou celle des bébés. Le second, bien qu'également très doux car surgraissé à 10% et ne contenant que très peu de gras durs, dont 20% de coco pour la mousse plus bulleuse, est plus polyvalent et parfait pour la toilette quotidienne.

Je vous donne les deux formules

Le Barbarie Baby Soap ou BB soap

Les huiles

-77% huile d'olive 
-19% huile de son de riz
-4%  beurre de karité

soude pour un surgras à 7,5 % ( soit 62,5 gr pour 500 gr d'huiles)
liquide de dissolution constitué exclusivement de gel de cladode de figuier de barbarie

parfum : 10 ml d'HE d'ylang-ylang (parce que nous le valons bien, non ?)

B.B. Soap
La trace a eu du mal à arriver mais enfin, grâce à quelques tours de mixer, elle est apparue légère, très légère même. Et c'est tant mieux car cela m'a permis de couler sans souci dans un moule prédécoupé qui m'a donné de petites savonnettes très agréables.

Le format est parfait sur le rebord du lavabo, comme savon invités ou à emporter en voyage. Ni trop gros ni trop petit. Just perfect !



Les Fleurs de Barbarie 

Les huiles

-50% huile d'olive 
-20% huile de coco (pour la mousse)
-20% huile de son de riz
-10% huile de tournesol

soude calculée pour un surgras à 7,5%

liquide de dissolution : gel de figuier de Barbarie

à la trace : 2,5 % d'un beurre de karité + amande douce

Parfum : 10 ml pour 500 gr d'HE de sauge sclarée et romarin à 50/50 ; je trouvais ces deux huiles "assorties" à la couleur vert tendre des savons qui malheureusement n'a absolument pas tenu malgré mes précautions pour un séchage au noir. J'ai finalement choisi d'en faire des savons d'invités au format de fleur.
Et avec les chûtes, j'ai réalisé des galets étoilés, très root comme j'aime bien.

Etoile de Barbarie

Dans les deux cas, j'ai réalisé mes savons à une température ambiante d'environ 17° ; les huiles ont été à peine chauffées, juste assez pour faire fondre les beurres de karité et de coco.  La soude a été dissoute soit dans un gel sorti du frigo (4° env) soit dans une bassine d'eau glacée ; du coup, la couleur avait à peine été altérée par la montée de chaleur.

Le gel, malgré sa richesse en polysaccharides, donc en sucres, n'a pas contribué à accélerer la trace ou à épaissir la pâte, au contraire. J'ai pu couler à trace très fine pour la version Baby et à trace fine pour la version Fleur, ce qui est très appréciable. 

La couleur de départ est un vert-jaune tirant légèrement sur le moutarde, donc beaucoup moins joli que le vert du gel mais la couleur a beaucoup évolué  en séchant et finalement aucune des deux versions ne m'a donné un savon vert. A croire que c'est la couleur jaune dorée de l'huile qui a pris le dessus.

Autre bizarrerie de la savonnerie que je ne m'explique pas vraiment, les deux versions sont restées longtemps "molles" et les savons n'avaient toujours pas durci après plus de 15 jours de séchage. Aujourd'hui, en fin de cure le B.B. Soap est encore relativement mou.

J'ai du mal à attribuer cette réaction au gel, mais je ne vois pas d'autres facteurs ayant pu provoquer ce manque de dureté. J'ai réalisé par le passé des savons avec peu de gras durs, le résultat n'est pas comparable. Ici j'ai l'impression d'avoir presque du beurre de savon, en particulier pour le B.B.. 
Testé pour un lavage des mains, on n'obtient pas le glu-glu habituel des savons de castille bien qu'il n'y ait quasiment aucune mousse. C'est comme si je me lavais les mains avec un lait de toilette solide. Ce qui du coup en fait un savon parfait pour la peau du visage qui l'apprécie particulièrement, y compris en utilisation très régulière.

Le Fleur de Barbarie, pas plus vert que son cousin, a finalement durci et donne lui une mousse fine et serrée, très douce.

Deux savons qui me semblent très adaptés aux peaux sensibles. Ce qui confirmerait tous les bienfaits apportés par le gel de figuier.

Il me faut donc absolument trouver un moyen de conserver ce gel pour l'utiliser dans une émulsion. Pas simple quand on sait les problèmes à conserver le gel d'aloé vera.